Réchauffement climatique : Rester sous le seuil des 1,5 °C est désormais impossible

La planète s’est déjà réchauffée au-delà du seuil symbolique de +1,5 °C. Les scientifiques insistent toutefois sur l’importance de continuer les efforts visant à lutter contre le réchauffement climatique.

« Il fait chaud. Et ça ne va pas s’arranger. Un article paru cette semaine dans la revue Earth System Science Data, signé par 61 scientifiques de 17 pays, dont six Français, dresse le bilan climatique de l’année 2024 et tire la sonnette d’alarme : limiter le réchauffement climatique sous les 1,5 °C devient un objectif inatteignable.

Rester à + 1,5 °C, et "nettement en dessous de + 2 °C", c’était pourtant l’objectif de l’accord de Paris sur le climat en 2015. Or, les conditions nécessaires sont loin d’être remplies. "Les émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter, signale à 20 Minutes Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue, ancienne coprésidente du groupe n° 1 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) et figurant parmi les contributeurs du rapport paru mercredi. Quand leur concentration augmente, ils piègent la chaleur dans l’atmosphère. Paradoxalement, les effets pour réduire la pollution de l’air ont aussi augmenté un peu le réchauffement, car les aérosols ont un effet parasol qui renvoie la chaleur." Conclusion : la chaleur a de plus en plus de mal à se dissiper.

 

"Chaque dixième de degré augmente les perturbations climatiques"

"Sur la période 2015-2024, le réchauffement s’établissait en moyenne à + 1,24 °C en surface par rapport à la période 1850-1900, explique Valérie Masson-Delmotte. Et dans cette augmentation, la part liée à l’activité humaine est de… 1,22 °C." L’an dernier, le fameux seuil de l’accord de Paris a même été dépassé. "Sur l’année 2024, particulièrement chaude à cause d’un épisode El Nino dans l’océan Pacifique, on est à + 1,52 °C, dont 1,36 °C de part humaine", poursuit-elle. Un phénomène qui pourrait bien devenir récurrent : "Aujourd’hui, on estime à une chance sur six la possibilité de limiter l’augmentation à 1,5 °C lors d’une année banale."

Mais ne déposons pas les armes trop vite, car il y a encore une possibilité d’éviter à la Terre de (trop) brûler ! Car oui, plus ça chauffe, plus les conséquences sont visibles et graves, et c’est pour cela que certains scientifiques appellent à résister au catastrophisme et à continuer les efforts malgré le franchissement de ce seuil symbolique. "Le changement climatique est un problème graduel, pas binaire, écrit sur X le politologue François Gemenne, co-auteur du sixième rapport du GIEC. […] Donc la partie n’est pas perdue parce qu’on dépasse ce seuil de 1,5 °C. L’enjeu, c’est de limiter le réchauffement."

"Chaque dixième de degré augmente la fréquence et l’intensité des perturbations climatiques : vague de chaleur, dégel des sols, sécheresse agricole, abonde Valérie Masson-Delmotte. Cela entraîne des risques climatiques qui pèsent sur la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau, les littoraux, les zones de montagne. […] Une des conséquences directes, c’est la montée du niveau de la mer. On est à + 22,8 cm depuis 1901. Sur la période 2006-2024, il gagne 4 mm par an. C’est deux fois plus rapide qu’au XXe siècle."

Et si vous pensez que ça ne concerne que les bébés phoques et les ours polaires, vous êtes loin du compte. : "En dehors de l’Arctique, l’Europe est la région qui se réchauffe le plus vite", prévient la paléoclimatologue.

 

Les émissions ralentissent… lentement

Pour inverser la tendance, il va donc falloir réduire les émissions de gaz à effet de serre. "On est capable d’évaluer la marge de manœuvre qui nous reste, reprend Valérie Masson-Delmotte. Si on ne baisse pas les émissions de CO2 dans les trois ans, on ne pourra pas limiter en dessous de 1,5 °C." Le "budget carbone", c’est-à-dire la quantité de CO2 que l’on peut encore émettre avant d’atteindre une certaine hausse de températures, s’épuise plus vite que prévu et pourrait être atteint dès 2028.

 

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Il y a mêmes quelques très légers signes d’espoir. "On observe une baisse des émissions de CO2 de manière durable dans 24 pays, y compris en Europe et aux États-Unis, remarque Valérie Masson-Delmotte. Elles n’augmentent plus en Chine. Elles continuent de croître à l’échelle mondialement, mais plus lentement qu’avant. Mais les émissions de méthane, un autre gaz à effet de serre, elles, augmentent toujours. Il reste une chance de stabiliser autour de 1,5 °C." Mais ça va être chaud. »